Fénelon et la Vierge de Rocamadour

Fénelon, pèlerin à Rocamadour

L'homme d'Église du XVII siècle a vécu sa primr jeunesse en Quercy. La vierge de Rocamadour a tenu une place importante dans la vie de l'écrivain.

Publié le 12 Nov 17 à 8:05
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Dès sa naissance en 1651, jusqu’en 1685, Fénelon viendra en pèlerin à Rocamadour.

Fénelon, un être « grand, maigre avec un grand nez, des yeux dont le feu et l’esprit sortent comme un torrent » est un prélat « empli de finesses et de grâces, à la physionomie galante et gaie » selon les mots du duc de Saint-Simon, son contemporain. Cet homme qui « nécessite effort pour cesser de le regarder » est François de Salignac de Lamothe-Fénelon. Un Quercynois.

Né dans le château familial de Sainte-Mondane, aux confins du Périgord, alors paroisse du diocèse de Cahors, il est le 13e enfant de Pons de Salignac qui a épousé en secondes noces Louise de la Cropte.

Voué au berceau, à la Vierge noire

 

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Août 1651. Louis XIV règne depuis huit ans sur la France. Pascal vient de faire imprimer le Traité sur le Vide. Molière court les grands chemins quelque part en Languedoc. Sur les pas de saint Vincent de Paul, Alain de Solminihac, évêque de Cahors depuis 15 ans, se donne sans limites aux pauvres avant que la peste ne ravage à nouveau le Quercy.

Le soleil rissole la Haute Bouriane. Derrière les énormes murailles du château de Fénelon, on ne souffre pas de la chaleur. Après les douleurs de l’enfantement, pâle sur son lit à baldaquin, la marquise de Fénelon vient, le 6 du mois, de donner à son fils François son premier baiser. Mince, chétif, avec de grands yeux, le bébé n’est pas très gaillard. Le père est soucieux. La coutume n’est pas à cette époque, que la châtelaine allaite son petit. On le met rapidement en nourrice, à deux pas du château, mais dès les premiers jours, ses parents ont failli le perdre. Ils décident de le vouer à la Vierge noire. Ils vont partir en famille en pèlerinage à Rocamadour, prier Marie pour la santé de cet enfant fragile.

Un tableau naïf que la mère a fait peindre par un artiste local représente le bébé raide dans son berceau cerclé de bois entre une mère agenouillée et un père peu jovial. « Offert à Notre Dame de Rocamadour en remerciement pour la guérison inespérée du jeune François » nous dit la peinture qui est toujours conservée au Musée d’art sacré de Rocamadour.

Des liens étroits avec Notre Dame de Rocamadour

À 12 ans, à la mort de son père, sa mère l’envoie à l’Université de Cahors, au collège des Jésuites, dans ce diocèse qui récolte les fruits de l’épiscopat de Mgr de Solminihac, évêque jusqu’en 1659. Qu’on imagine Fénelon, adolescent, partant de Cahors sur sa mule, remontant vers le nord par la route qui mène à Brive, couchant à La Mothe Cassel, abandonnant la route par le chemin qui mène à Labastide et vers les causses de Gramat, « traversant des forêts de chênes ombreuses et mélancoliques ». Pour déboucher sur les bords de la falaise où s’agrippe Rocamadour. Celui qui se prépare à la fonction ecclésiastique admire les lumières du coucher qui accuse le relief des roches et allonge les ombres. Au clocher du sanctuaire sonne l’Angélus du soir. L’adolescent termine par le sentier des chèvres qui dégringole à travers les pierres et se dirige vers le petit oratoire : il ôte sa coiffure, récite des Ave pour remercier la Vierge d’être toujours là, et lui dit sa volonté de donner sa vie à l’Église.

Après des études au séminaire Saint-Sulpice à Paris, le jeune homme devient docteur en théologie de la Faculté de Cahors. Une nouvelle occasion de venir déposer dans la chapelle de Rocamadour, le bonnet carré, insigne de son grade. Et là, il pense à ses parents, à sa maman en particulier.

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Inhumée dans la chapelle de la Vierge

Pas très bien accueillie par les Salignac, sa mère, « la petite de La Cropte » (la différence d’âge entre les époux est d’une vingtaine d’années) a laissé attirer et absorber l’éducation de ses enfants par la famille paternelle.

La mère a certainement joué un grand rôle dans la formation du caractère de François. Mais dans la passivité. Pieuse, mystique, contemplative, manquant du sens du réel, elle a adoré son fils tant qu’elle l’eut auprès d’elle. Mais elle ne l’eut qu’une dizaine d’années.

L’enfant, dès sa naissance, est aux mains de sa nourrice, puis des précepteurs, des confesseurs et des oncles paternels (dont l’influent Mgr François de Salignac, alors évêque de Sarlat qui le prend en charge dès le décès de son père).

Même s’il n’a jamais parlé de sa mère dans ses lettres, son influence faite d’amour et de tendresse, passe dans le plan des souvenirs et de l’idéal.

Sa mère mourra fort âgée, au début du XVIIIe siècle, et au lieu de se faire inhumer à Sarlat, auprès de son époux, dans le tombeau familial des Fénelon, demande par testament, le 4 juillet 1691, à être ensevelie… dans la chapelle Notre Dame à Rocamadour. En signe de reconnaissance des grâces obtenues pour sa famille ?

Prieur de l’Abbaye de Carennac

Ordonné prêtre dans le diocèse de Cahors, en 1677, il devient doyen de Carennac de 1681 à 1685, par la désignation de son oncle, l’évêque de Sarlat. Le futur archevêque de Cambrai nous laisse un récit attendri et coloré de son arrivée triomphale dans ce prieuré clunisien fondé au XIe siècle : « De la Dordogne, j’aperçois le quai bordé de tout un peuple en foule Les troupes, par stratagème galant, vinrent me saluer avec beaucoup de mousquetades. L’air est tout obscurci par la fumée de tant de coups…S’ajoute le bruit des tambours. Cette foule immense se fend pour m’ouvrir un chemin. Mille voix confuses font retenir des acclamations

d’allégresse ».

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Fénelon est enchanté. Le Quercynois est acclamé et reconnu sur ses terres. Reviendra-t-il prier à Rocamadour durant cette période ? Sans doute.

Après la Révocation de l’Édit de Nantes (1685), il est envoyé en mission pour convertir les Protestants en Saintonge d’abord puis à Paris.

Reconnaissance envers Marie

« Sa passion était de plaire, autant aux valets et aux petites gens qu’aux maîtres » rapporte Saint-Simon dans ses Mémoires. Dès son enfance en Haut-Quercy, le futur théologien se montre attentif aux paysans, décelant leur misère. « Il n’hésite pas d’aller à leur rencontre pour comprendre la vie de la terre, note le biographe Rusard, n’étant gêné ni par leur pauvreté ni par la mal-propreté des chaumières ».

Cet homme instruit dans la ruralité, qui deviendra à Versailles le précepteur du petit-fils de Louis XIV, reste attentionné, disponible et affable.

Archevêque de Cambrai, pendant le cruel hiver de 1709, il se dépossède de tout pour nourrir l’armée française qui campe près de chez lui. Fénelon a été bon. Il a beaucoup aimé. L’auteur du Télémaque n’a pas oublié son début d’existence chaotique et risqué.

Le sanctuaire marial tout proche de son lieu de naissance a tenu une grande place dans sa jeunesse. D’où sa dévotion à la Vierge de Rocamadour. Toute sa vie, il entretiendra des liens étroits avec Notre Dame et lui manifestera une extrême reconnaissance.

ANDRÉ DÉCUP