ARRIVEE DE FENELON A CAMBRAI EN 1695 :
BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS
En ce début d’année 2008, le film « Bienvenue chez les Ch’tis » a connu un succès considérable. Des millions de Français se sont pressés dans les salles obscures pour voir cette comédie, qui est en fait, une caricature, fort bien réussie d’ailleurs, de la vie dans la région Nord-Pas de Calais ou plutôt de l’idée que s’en font ceux qui ne la connaissent pas.
L’histoire racontée dans ce film est celle d’un directeur des Postes muté de sa Provence natale à Bergues dans les Flandres. D’abord catastrophé, puis effrayé par ce qui l’attend « là haut », il s’adapte très rapidement à la convivialité des « gens du Nord » et finira par regretter de devoir s’en éloigner.
Or, il se trouve que Dany Boon aurait fort bien pu situer son scénario à Cambrai à la fin du XVIIe siècle. En effet, à cette époque, le roi Louis XIV a achevé la conquête des villes du Nord (Cambrai et Valenciennes en 1677), mais il sait que le Hainaut-Cambrésis est loin de porter les Français dans son cœur. Aussi veut-il « franciser et désespagnoliser » ces territoires : pour cela il évite soigneusement de prendre des mesures impopulaires, il nomme des intendants (Magalotti à Valenciennes) avec des missions bien précises en ce sens et enfin, à la mort de Monseigneur de Bryas, archevêque de Cambrai, il désigne pour le remplacer un abbé très populaire en France, François de Salignac de La Mothe-Fénelon ; celui-ci est alors, depuis 1689, le précepteur du petit-fils du roi, Louis, duc de Bourgogne, pour qui il écrira son célèbre « Télémaque ».
Lorsque Louis XIV, le 4 février 1695, le nomme archevêque de Cambrai, Fénelon est tout d’abord surpris de cette promotion, puis flatté car il sait qu’il va devenir également seigneur du Cateau-Cambrésis, comte du Cambrésis et prince du Saint-Empire, titres attachés à sa nouvelle fonction ; mais en même temps il est effrayé par la pensée de devoir se rendre dans le « grand nord », un pays où les populations meurent de faim, dit-on.
Lorsqu’il quitte Paris pour Cambrai où il arrivera le 3 août, il emmène avec outre son propre mobilier, de nombreuses victuailles, des sacs de blé, des barriques de vin, etc…, afin de faire face à toute éventualité. On en a le détail dans les comptes de la douane, qu’il passe à Péronne (les nouveaux territoires conquis ne font pas encore partie de la France, ils sont considérés comme territoires occupés, ce qui explique qu’il existe encore une frontière), car pour toutes ces victuailles il paie des droits !
Fénelon rencontre effectivement de grandes difficultés dès son arrivée à Cambrai, dans ce diocèse, alors le plus grand de France, mais divisé en deux parties, l’une devenue récemment française et l’autre sous la domination espagnole (le Hainaut belge et le Brabant). Dans une lettre, il écrit « j’entre dans un état de servitude en terre étrangère ».
Peu de temps après son arrivée, au mois de septembre, il est invité à la procession annuelle de Notre-Dame du Saint-Cordon à Valenciennes. Il est surpris par le déroulement de ctte manifestation inhabituelle pour lui.
Dans une lettre (écrite en latin) adressée à son élève le duc de Bourgogne, il en fait une description détaillée, en insistant sur le caractère folklorique et débridée de cette procession avec une débauche de réjouissances, telle qu’elle avait lieu à cette époque ; il y fait part de sa surprise de n’avoir pu suivre la conversation des pères abbés et des prêtres des paroisses, avec lesquels il se retrouve à table lors du repas pris en commun à la pause de midi, ces vénérables ecclésiastiques parlant le patois picard que lui ne comprenait pas (Fénelon est né en 1651 à Sainte-Mondane en Périgord, dans la vallée de la Dordogne).
Malgré tout, l’adaptation se fera rapidement et les rapports amicaux entre le nouveau pasteur et ses administrés seront toujours des meilleurs.

Fénelon vissitant une famille de paysans dans les environs de Cambrai
On pourrait dire que sa disgrâce définitive en 1699,.. avec l'interdiction de quitter son diocèse aura eu pour bénéfice de le fixer définitivement dans cette terre qui etait devenue la sienne et qu'il avait appris à aimer.. c'est vrai aussi qu'il venait lui aussi d'une province profonde.
Fénelon continuera à administrer son diocèse à la satisfaction de tous. Il mourra à Cambrai le 7 janvier 1715, et sera enterré dans le cœur de la cathédrale, après avoir reçu un dernier hommage de la population cambrésienne.
Nul doute qu’il avait gardé le meilleur souvenir de son séjour dans ces provinces du Nord.
Rien de nouveau sous le soleil !