lundi 09.01.2010, 05:02 - La Voix du Nord
L'oeuvre est au programme de l'agrégation de Lettres. Mais ce n'est pas une raison pour la réserver aux érudits. Le week-end des 9 et 10 janvier sera consacré à plusieurs conférences et animations autour du « Télémaque » de Fénelon, l'un des ouvrages considéré comme fondateur des Lumières.
PAR NICOLAS BLANDIN
cambrai@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »
Longtemps enseignée dans les collèges français, l'oeuvre en a été écartée en 1965. Avec sept cents éditions, l'ouvrage Les Aventures de Télémaque, fils d'Ulysse de Fénelon, est pourtant un livre majeur de la pensée moderne, fondatrice selon certains du mouvement des Lumières. « C'est le livre classique le plus lu au XIXe siècle, insiste Françoise Gomez, inspectrice pédagogique régionale de Lettres. Il s'agit d'une réécriture de L'Odyssée d'Homère. Dans cet ouvrage, on devine l'époque de Fénelon. Une oeuvre littéraire à la fois politique et théologique qui fustige subtilement les guerres menées en Europe par le royaume de France. »
Celui qui deviendra par la suite archevêque de Cambrai l'avait écrit vers 1694 pour l'éducation du petit-fils de Louis XIV, dont il était précepteur. « Il est composé de dix-huit chapitres. Des séquences indépendantes pour apprendre au prince les règles de bonne gouvernance. Il fondait en lui de grands espoirs pour succéder au Roi Soleil. D'une grande qualité littéraire, cet ouvrage utopique n'était pourtant pas destiné à être publié, commente l'abbé Michel Dussart, responsable de l'association Recherche de Fénelon. Un serviteur de Fénelon l'aurait fait imprimer aux Pays-Bas en 1697, sans son consentement. » Fénelon était déjà nommé à Cambrai depuis 1695. Et on comprend la portée de l'ouvrage lorsque l'on sait qu'il sera à l'origine de la disgrâce prononcée par le roi lui-même à l'encontre de l'archevêque, condamné à ne plus quitter son diocèse. « Jusqu'en 1713, il était interdit d'évoquer son nom à la cour du roi ! À cause de sa liberté d'expression, il a pris des risques. Et même après sa mort, il conservera cette image rebelle, malgré son attachement à l'ordre établi. »
... Comment ouvrir cette oeuvre au plus grand nombre ? « On connaît l'attachement de Cambrai à la figure de Fénelon, souligne Françoise Gomez. Pour le 295e anniversaire de sa mort, nous voulons rendre son oeuvre accessible au plus grand nombre. Par exemple, on se demandera : si Louis XIV avait écouté Fénelon, la Révolution française aurait-elle eu lieu ? » De grandes pointures ont été invitées au théâtre de la ville. Mais il s'agit aussi de rendre ces deux journées les plus vivantes possibles. Aussi, des élèves de section théâtre participeront aux animations. Des étudiants en BTS tourisme au lycée Fénelon à l'accueil du public et aux déambulations organisées en ville. Et une exposition est organisée à la chapelle Saint-Julien.
Mais le point d'orgue de ce rendez-vous sera sans conteste la venue de Daniel Mesguich. « C'est un immense comédien, souligne Françoise Gomez. Il a accepté l'invitation pour lire un montage de textes mettant en scène les quatre auteurs qui ont évoqué le personnage de Télémaque : Homère, Fénelon, Marivaux et Aragon. L'occasion de découvrir un dialogue improbable entre ces oeuvres. » •